L’Œuf du dragon

Les meilleurs livres de SF partent parfois d’une hypothèse saugrenue en étirant le « et si… » pour en faire une histoire. Et c’est exactement la recette qu’applique Robert L. Forward dans L’Œuf du dragon, son roman le plus connu. Physicien spécialiste de la gravitation et détenteur de nombreux brevets dans sa vie professionnelle, il se demanda si la vie pouvait naître à la surface d’une étoile à neutrons. Quelle forme prendrait-elle ? Pourrions-nous l’identifier ? Et comment communiquer avec elle ?
Sur cette trame, il va écrire un roman de près de 400 pages. La première partie – assez classique – raconte comment l’
Œuf du dragon, l’étoile à neutrons, est détecté lors de son entrée dans le système solaire. La deuxième raconte le développement de la vie à sa surface et l’essor de la civilisation qui y prospère, le tout entrecoupé de vignettes sur l’expédition de scientifiques humains partis étudier l’Œuf de plus près. La dernière partie raconte la rencontre entre les deux espèces et les difficultés de compréhension entre elles comme la temporalité, la taille et les températures de confort sont radicalement différentes entre les Terriens et les habitants de l’Œuf.
Avouons-le, dans L’
Œuf du dragon, les personnages humains sont au mieux effacés, au pire des clichés ambulants (la jolie doctorante, le professeur irascible d’Europe de l’Est, le chef d’expédition plus intéressé par la frimousse de sa collègue et ses livres de vulgarisation à écrire que par son travail, etc.) En revanche, dès que Robert L. Forward s’intéresse aux cheelas, le nom de l’espèce peuplant l’Œuf, nous avons droit à des personnages nettement plus intéressants. Au fil des pages, on se passionne pour le développement de créatures brûlantes de 5 mm de long et d’une durée de vie ne dépassant pas les 30 minutes et les voir passer de l’équivalent de l’âge de pierre à la conquête spatiale bien au-delà des capacités terriennes est un régal. Même si certains des passages de leurs développements semblent tirés de la Bible (l’exode vers le Paradis de Vif-Eclat, l’histoire de Yeux-Roses), découvrir l’organisation de leur société et les progrès qu’ils font en quasi-temps réel par rapport à la lecture est franchement agréable. Et si vous souhaitez en savoir plus, un appendice technique à la fin donne des explications sur les étoiles à neutrons, la physiologie des cheelas et la façon dont celle-ci influence leur perception et leur mode de pensée, ainsi que de nombreux autres détails. Le tout sans être trop ardu pour les novices en science… Au final, L’Œuf du dragon est certes un roman bien daté dans les années 80, mais il propose une histoire pleine de « sense of wonder » et d’humour qui plaira à qui veut de la science-fiction à l’ancienne et optimiste.

L’Œuf du dragon
De Robert L. Forward
Traduction de Jacques Polanis révisée par Olivier Baranger
É
ditions Mnémos

NB : Cette chronique s’inscrit dans le défi lecture imaginaire de 2023 concocté par Jean-Yves et Océane. Si le cœur vous dit de participer, allez lire leurs présentations et faites votre propre menu. Arbitrairement, ce livre sera dans la catégorie #M3C2. Il peut correspondre également aux catégories #M1C4, #M3C5, #M4C4, #M5C6 et #M6C3.

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